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La fin de vie des animaux de compagnie est un moment unique de nos relations avec les animaux et les familles. Si les vétérinaires rencontrent ces moments aussi souvent qu’ils stérilisent des chattes, pour les familles et pour l’animal il en est tout autrement. Une prise en charge de fin de vie sereine est le gage d’une satisfaction personnelle et de celle de la famille, qui reviendra plus facilement dans l’établissement vétérinaire avec l’autre animal du foyer. Des études montrent que plus de une famille sur trois a du mal à retourner dans l’établissement après la perte d’un animal de compagnie, car les images sont trop fortes. Le parcours de l’animal suit différentes étapes. Il s’agit ici d’adoucir ce moment pour l’animal, la famille et l’équipe vétérinaire. Cela passe par de la communication, mais aussi des outils, de l’empathie qui permettent, au-delà des mots, des actes.

Laisser une trace écrite lors de la consultation d’annonce
En cas d’euthanasie, la consultation d’annonce est le point de départ de la réflexion de la famille qui va devoir prendre une décision et structurer ses choix quant aux modalités de l’euthanasie et aux opérations funéraires (crémation, inhumation). Ces choix s’opèrent souvent dans l’intimité familiale à partir des informations données oralement par l’équipe soignante. En laissant une trace écrite des explications médicales, mais aussi des modalités funéraires possibles, l’interlocuteur rapportera à sa famille des données fiables. En effet,les émotions de l’annonce risquent d’être un filtre qui entrave le travail du messager. Plus l’établissement vétérinaire écoutera les attentes des familles, plus cette consultation d’annonce sera précoce, plus la décision sera réfléchie et sereine. Par exemple, lors de maladie chronique, il est conseillé d’ouvrir le dialogue précocement, les consultations suivantes pourront préparer l’euthanasie et la personnaliser.

Préparer la clinique avant l’arrivée de ce dernier rendez-vous
La préparation de la clinique avant une euthanasie permet à la famille qui arrive de sentir l’“accueillance” de ses sentiments et de ses émotions dans ce moment unique pour elle et son animal. De même, les autres clients présents simultanément comprendront que la clinique attache une importance particulière à cet acte d’exception. Certaines structures disposent une pancarte à l’accueil et/ou un accroche-porte appelant à la tranquillité sur les poignées des portes des salles de consultation. D’autres allument une bougie qu’ils remettent à la famille après l’euthanasie. Ces signaux et affiches sont autant d’engagements de respect et de qualité dans la prise en charge de la fin de vie.

L’euthanasie, un acte vétérinaire et médical
Les procédures d’euthanasie sont décrites dans de nombreux consensus en fonction des espèces et de l’état de santé de l’animal. La pose de voie veineuse, la sédation préalable, l’administration de molécules reconnues sont désormais les pratiques usuelles. Cependant, l’état de l’animal, l’afflux d’émotions des familles et parfois des soignants peuvent rendre cet acte délicat.Maîtriser sa technique, acquérir des automatismes, grâce aussi à des procédures écrites et transmissibles aux juniors, permet d’augmenter la confiance en soi. L’automatisme diffère du machinisme, car il protège par la confiance en soi conférée par la connaissance des étapes. Le machinisme est une forme de déni de ses émotions, or à chaque fois que la mort est donnée, un enseignement doit en être tiré,pour les vivants.

La préparation de l’animal décédé : respect et dignité
Lors de la prise en charge pour une crémation, il est usuel de ne pas montrer le contenant de l’animal décédé. Il faut dire que ce n’est pas montrable, dicible, pensable. C’est pourquoi les familles sont invitées à sortir de la salle ou alors l’animal est remisé pour ne pas montrer la réalité. Cet insupportable sac plastique oblige à traiter les animaux décédés comme des déchets. Le vétérinaire oublie parfois ses premières réactions à la vue de ce transfert et de l’enchevêtrement des corps dans le congélateur coffre. Qu’en pensent les juniors ou les assistants ? Que penseraient les familles si elles savaient ? Que dirait l’opinion publique ? Les liens qui unissent l’animal dans la famille ne méritent-ils pas un meilleur traitement ? C’est parce que les familles aiment leur animal qu’ils nous les donnent à soigner. Au moment de la mort, ces liens deviennent spirituels, leur intensité ne diminue pas, bien au contraire, ils se subliment. Il est dorénavant de mise d’utiliser des outils qui aident à ce moment unique du lien entre l’animal, la famille et l’équipe. En2 019, utiliser un sac plastique pour y mettre un animal décédé est désormais un choix. Derrière chaque mort, il y a un livre d’histoire. Ouvrir nos congélateurs, c’est ouvrir une bibliothèque.

Dans “au-revoir”, il y a “revoir”
Vient ensuite le moment de remettre aux familles des résultats d’examen, le carnet de santé de l’animal, son collier. Se pose alors la question de comment les restituer. Chaque clinique pourrait référencer une boîte ou un sac dédié à ces reliques qui sont souvent gardées précieusement par les familles. En acceptant de faire le cadeau d’une belle préparation de ce qui reste de l’animal, les familles garderont une trace physique de l’empathie de l’établissement. Le deuil d’un animal suit une courbe de deuil qui évolue vers l’acceptation et le renouveau. L’équipe vétérinaire peut aider les familles en leur montrant qu’elle connaît leurs émotions.Écrire un mot de sympathie deux à trois jours après le décès est réconfortant (en-cadré). Ce courrier sincère, manuscrit,daté, signé d’un nom lisible sera reçu comme un trait d’union entre la clinique et la famille. Il est fréquent que les fa-milles y répondent en exprimant leur gratitude. Il est vivement conseillé d’appliquer cette démarche à tous les décès,sans quoi il y a un risque que des clients,en en parlant entre eux, se sentent discriminés. Qu’apporte une fin de vie bien accompagnée ? D’aucuns pensent parfois que lorsque l’animal est mort, il ne rapportera plus rien à la clinique. Il en est tout autrement, une fin de vie bien accompagnée, c’est se sentir bien et faire du bien, aider, exprimer ses valeurs, enrichir sa réputation, faciliter le retour de la famille, gagner fièrement de l’argent. Cela entend un changement d’habitudes ancrées par la pudeur, le silence, l’euphémisation et des “cacheries” qui entourent la mort. Mais l’époque est à la transparence. Le “pas vu, pas pris” qui accompagne, par exemple,la conservation des animaux décédés dans un sac qui oblige à les traiter comme des déchets semble être pour le moins dépassé sinon une zone de danger pour l’établissement et la profession vétérinaire. Des outils sont aujourd’hui disponibles pour faire mieux qu’hier.