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«J’ai enterré mon chien, je ne sais pas quand il va repousser»  (Léo, 5ans).

Nous avons tous reçu en consultation de telles pépites qui nous entêtent, telles des chansons douces…

Au-delà du tendre et du drôle, se pourrait-il que ces phrases résonnent dans notre vocation professionnelle, identité profonde ? Nous avions souvent 5 ans lorsque nous avions fait ce choix de métier. L’amour pur de l’animal en bonne santé nous guidait. Alors arrive le temps de l’école vétérinaire, ses matières fondamentales, magistrales et cliniques. N’apprenons-nous pas alors à nous passionner pour la physiologie, la pathologie ? L’animal sain ne s’éloigne-t-il pas ? L’entrée dans la vie active et ses principes de réalité ne se met-elle pas à nous expliquer que l’argent et la valeur résident dans les ventes, la maladie ou la patte cassée ? Le sens et la valeur que nous mettions dans notre passion d’enfant sont-ils toujours intacts ? Avons-nous à ce point oublié nos joies et nos craintes d’antan pour ne plus les reconnaître ou les accepter sur les visages de nos clients ?

Certains juniors des générations X, Y ou Z semblent bien peu négocier avec leurs valeurs et vocation. Leurs aînés, employeurs, doivent, plus qu’hier, donner du sens pour entretenir la motivation nécessaire à la bonne marche des entreprises. Donner du sens est difficile lorsque des cultures médicales séparées de 15ans se rencontrent ou lorsque l’économie oriente vers la sur prescription. Personne n’a intérêt à compromettre sa passion dans des compromis qui ne lui conviennent pas, pour autant il faut bien reconnaître qu’il n’est pas facile dans notre société de faire de l’argent éthique avec de l’amour (fût-il animal).

La mort de l’animal est un moment unique (mais fréquent) de notre métier où le sens et la valeur ne dépendent pas de la maladie ou de l’accident. Il n’y a plus à soigner, ni de plan de prévention à instaurer. Pourtant, pour les familles, sens et valeurs sont ceux de leur amour pour leur animal.

Alors les liens charnels deviennent spirituels et nous sommes les professionnels de référence, les meilleurs amoureux des animaux, les plus enclins à comprendre ce que les familles ressentent. Leurs émotions sont souvent nues devant nous, elles se livrent. Elles attendent de nous dignité et respect de l’amour de leur animal et donc de son corps. Nous qui avons bien soigné leur animal vivant, arriverons-nous à prendre bon soin de l’animal mort ?

La profession vétérinaire française peut être fière d’avoir évincé, depuis 20 ans, l’équarrissage des options funéraires proposées aux familles. En Allemagne, Suisse, Italie, Belgique, le clos d’équarrissage reste une option pour certains confrères.

Exprimer nos valeurs et notre identité professionnelle autour de ce moment critique est bien perçu par les familles qui apprécient nos attentions et communications. Des housses mortuaires, montrables, dicibles, pensables, remplacent avantageusement le sac plastique. Ces housses offrent un départ avec dignité.

Il est certain que nous avons peu de problèmes avec les sacs plastiques car nous y sommes (tant bien que mal) habitués et nous avons développé des circulations qui évitent aux familles de voir cette réalité.

Mais est-il cohérent de faire économiser aux familles l’argent d’une housse mortuaire qu’ils voudraient voir et savoir utilisée ?

Aujourd’hui, mettre un corps dans un sac plastique est devenu un choix. Le seul risque que nous prenons à utiliser systématiquement ces consommables est de facturer notre euthanasie un peu plus chère que celle du voisin. Lequel d’entre nous a vraiment envie d’avoir l’euthanasie la moins chère du quartier ?

Et pour nos animaux à nous, préférerions-nous une housse ou un sac plastique qui nous oblige à manipuler les corps comme des déchets ? Ces housses nous font aussi du bien à nous, professionnels, qui gérons autant de fins de vie dans une année que nous stérilisons de chattes.

Oui, au moment de la mort, nous pouvons être rémunérés justement grâce à l’amour des familles. Il nous suffit d’utiliser les outils professionnels qui nous permettent de porter la tête haute. Prendre soin des animaux morts et de l’amour des familles permet de se relier avec sa vocation.

Revenons à Léo qui veut voir son chien repousser. Lors de nos prises en charge de fin de vie, nous recevons des familles, souvent accompagnées d’enfants. Nous sommes alors parfois embarrassés par le choix des mots destinés aux enfants.

Dans ce numéro de L’Essentiel, un article explique comment parler la fin de vie de l’animal aux enfants, à destination des professionnels, pour l’intérêt des familles et des animaux.

Quand il aura 25 ans, Léo sera peut-être un confrère. Alors les animaux, les familles, la profession vétérinaire auront besoin que sa passion n’ait pas été flouée. Réveillons le petit enfant qui est en nous !